Conseils pour améliorer votre manuscrit

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Réécrire… Voilà un conseil que j’ai lu et relu, et dont je n’ai pas assez tenu compte à mes débuts d’auteur : comme tout romancier en herbe, j’ai longtemps considéré mes premiers jets comme irréprochables, proches de la perfection. J’ai fini par comprendre que si je voulais sortir des textes d’un minimum de qualité, il fallait que je les retravaille, en tranchant et modifiant, pour in fine les dégrossir du quart et me retrouver sans plus aucune phrase d’origine…

Pour vous attaquer à cette réécriture indispensable, vous devrez veiller à suivre chacun des conseils ci-dessous.

1. Supprimez les répétitions !

Oui, vous devez leur faire une chasse impitoyable : répétitions de noms, d’adjectifs, de verbes. Mais aussi répétitions d’idées : lorsqu’une phrase explique une chose, il est inutile – en théorie – de lui accoler une seconde qui redira la même chose.

La répétition peut également concerner des mots très éloignés les uns des autres, mais que vous aimez bien (tous les auteurs ont un faible pour une petite liste de mots…, ou des « tics » de langage) : en tant que lecteur, je vais m’énerver si je lis à plusieurs reprises « elle planta ses yeux dans les siens ». Un autre exemple : j’ai abandonné la lecture d’un roman de Ken Follett après avoir lu à trois reprises « une méchante table » (oui, je sais, je suis chatouilleux… une très bonne qualité quand on corrige !).

2. Réduisez l’utilisation des adverbes en « …ment »

L’utilisation de ces adverbes doit être minimisée, car ces mots ralentissent et alourdissent (énormément, incroyablement, effroyablement, incommensurablement !) de nombreux textes. En tant qu’auteur, je continue à en truffer mes premiers jets, mais je leur fais ensuite une chasse impitoyable : ils sont éliminés chaque fois que la phrase s’en trouve plus percutante sans eux, plus concise et plus claire.

Faites le test sur vos écrits : supprimez les lentement, doucement et rapidement (les pires ! Ils ne font que parasiter nos récits). Après, occupez-vous des violemment, bruyamment, légèrement, tellement, apparemment… Lorsque l’adverbe exprime une idée importante, transformez vos phrases pour que l’intention y demeure, mais sans lui.

3. Évitez les verbes faibles

Il s’agit ici d’être précis, d’offrir au lecteur la possibilité de vibrer davantage grâce à un texte plus riche. Il ne s’agit pas de bannir les verbes être, avoir, faire et aller, mais d’en utiliser d’autres plus percutants, qui se rapprochent de l’idée qui vous pousse à écrire. Vous affaiblissez vos personnages et ce qu’ils vivent en n’employant que du vocabulaire commun : votre superproduction cinématographique va se transformer en mauvais film-TV, avec des dialogues sans intérêt, des héros caricaturés, des scènes déjà vues cent fois et des acteurs qui jouent mal…

4. Bannissez l’adverbe « très »

Il était « très en colère »… Vous voulez dire qu’il était furieux ? Elle était « très douce »… Vous voulez dire d’une douceur infinie ? La nuit est tombée « très vite » ? Nan, sans blague !

Faites une recherche sur le mot « très » dans votre traitement de texte, et éliminez-les tous ! Cette suppression vous permettra d’utiliser un vocabulaire enrichi, elle servira votre roman, vos personnages et les situations qu’ils vivent.

5. Allez-y mollo avec les conjonctions !

Les conjonctions, qu’elles soient de coordination (mais, ou, et, donc, or, ni, car, pourtant, ainsi, enfin) ou de subordination (que, comme, lorsque, puisque, quand, si), permettent d’articuler, de relier des groupes de mots, des propositions ou des phrases. À trop les utiliser, vous rendrez votre texte aussi captivant qu’un traité de mathématiques, avec des successions de phrases logiques, mais froides. En tant qu’auteur, je m’en sers dans les dialogues, parce que le langage parlé y puise largement, mais je les évite ailleurs…

Vous vous demandez : comment faire sans conjonctions ? Réponse : c’est vous l’auteur(e) – débrouillez-vous ! C’est un très bon exercice ! Vous allez y gagner en style.

6. … Et faites original !

Cette liste de conseils pourrait s’alourdir d’avertissements supplémentaires sur l’utilisation à limiter des prépositions (malgré, outre, jusque…), des prénoms relatifs (que, qui), ou des pronoms démonstratifs (ce, cela, ceci, cela, etc.). Mais, avec les cinq points précédents, il me semble que la barque est déjà bien chargée. Aussi, j’ai préféré remplacer cette nouvelle énumération d’interdictions par le conseil ultime : l’originalité !

Les phrases et expressions toutes faites, lues et entendues des milliers de fois appauvrissent n’importe quel texte. Si votre description d’un lieu ressemble à un extrait de guide touristique, vous pouvez recommencer (sauf si vous travaillez pour le Routard). Votre lecteur attend de vous que vous le preniez par la main pour l’emmener très loin, quelque part où il n’est jamais allé. Utilisez vos cinq sens : un endroit peut se résumer à un parfum de réglisse, à une couleur de néon, au souvenir d’un regard tendu vers vous, au goût du fenouil ou à une impression de grains de sable dans la paume.

Pour clore cet article…

Un dernier conseil : bloquez-vous du temps pour relire votre manuscrit (oui : encore ! Mais « pour de vrai » cette fois), en vous fixant cette règle absolue : chaque fois que votre attention faiblira, que vous vous ennuierez à la lecture d’un paragraphe, arrêtez de lire et persuadez-vous qu’à cet endroit, votre récit doit être réécrit, coupé, amélioré. Un dialogue ne fonctionne pas ou, pire, ne sert à rien : remplacez-le par quelques phrases ! Ne soyez pas paresseux, n’ayez pas peur de perdre quelques milliers de mots (oui, l’apprenti les compte !) ne vous dites pas « bof, ça passe », ne soyez pas découragé : votre plaisir sera intense quand vous découvrirez à quel point votre texte est MEILLEUR après avoir été RETRAVAILLÉ.

Si vous avez l’impression d’être allé au bout de ce que vous pouviez faire sur votre manuscrit, contactez-moi pour que j’y jette un coup d’œil…

À propos de l'auteur

Pierre-Jean Verhoye

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